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Les vérités de Tornare (Interview Tribune de Genève, 11.01.2013)

Posted on: 17 janvier 2013 by manueltornare

 

Le socialiste a fait une croix sur son rêve de Conseil d'Etat. Il dénonce les clans dans son parti.

Le Conseil d'Etat, il en rêvait depuis plusieurs années. Lundi, pourtant, Manuel Tornare a fait part de sa décision de ne pas se lancer dans la course aux élections de cet automne. A 61 ans, le socialiste fait donc une croix sur ses ambitions cantonales. Comment le vit-il? Interview vérité dans une pizzeria située à deux pas de chez lui, aux Eaux- Vives. Et sous le contrôle de son fidèle ami Spocky. Son Jack Russel de 7 ans.

Manuel Tornare, renoncer au Conseil d'Etat, c'est un déchirement?
Pas un déchirement, mais un crève-coeur.

Pourquoi?
Parce que je me sens encore plein d'énergie et que je pense que Genève est dans une impasse. On ne trouve pas de vraies solutions à de nombreux problèmes. Par exemple, l'avenir de la région transfrontalière. Il m'eût été agréable d'avoir une vision politique avec d'autres. Il y en a quelques-uns, pas beaucoup, au sein du Conseil d'Etat qui ont cette vision politique.

Pourquoi ne pas vous lancer, alors?
Pour cela, il faut avoir un parti derrière soi.

Qu'est-ce qui vous fait penser que ce n'est pas le cas?
Ce n'est pas des questions de pensée, mais de realpolitik. J'étais candidat en 2009, je n'ai pas été choisi et le parti n'a pas récupéré le siège. En 2012, j'étais finaliste, mais je n'ai pas été désigné. Résultat, le parti a essuyé le revers le plus important de son histoire pour une élection au Conseil d'Etat.

Qui vous dit que vous auriez été lâché une nouvelle fois, cette année?
J'ai évalué mes chances. Je sais qu'il y a quelques coteries au sein du parti qui ont tout fait pour me déstabiliser en coulisses. Et je le dis sans être paranoïaque.

A qui faites-vous allusion?
Je n'ai pas réussi à convaincre des leviers d'opinion au sein du parti, des caciques ou des notables. Des gens qui ont eu ou ont des fonctions importantes à Berne, à Genève ou dans certaines communes. Souvenez-vous ce que disait Fillon à propos de Copé: «Quand on a le fichier du parti, on tient le parti. » Moi, ça n'a jamais été mon truc de créer des réseaux. Je dis les choses, je ne pratique pas la langue de bois.

Qui sont les caciques du parti?
Je n'ai jamais donné de noms depuis 2009. Je n'aime pas les attaques personnelles.

Faire des allusions sans donner de noms, ce n'est pas courageux.
Je ne suis pas là pour assassiner des personnes, mais pour critiquer des attitudes. Le malaise que peut connaître le Parti socialiste, on le retrouve dans plusieurs partis. Au MCG, entre la tendance Stauffer et la tendance Poggia. Au PLR, entre libéraux et radicaux. Les partis politiques sont en crise parce que les clans et les réseaux prennent le dessus sur les convictions.

Vous livriez déjà cette analyse en juin après l'échec d'Anne Emery- Torracinta lors de l'élection complémentaire au Conseil d'Etat. En sept mois, rien n'a changé?
Le président du parti, Romain de Sainte- Marie, fait de l'excellent boulot et je le soutiens à 100%. Il a voulu le rassemblement après la défaite de juin. Mais il y a quelques jours, un candidat à la candidature socialiste a créé une association pour son soutien à l'intérieur du parti avec une fiche de souscription pour payer sa propre campagne. Et ce, alors qu'il n'a pas encore été désigné par ses pairs. Quand je vois cela, je me dis qu'on n'a pas réussi à rassembler le parti. Je n'ai pas de temps à perdre avec ce genre de petits jeux, non réglementaires.

Vous faites référence à Thierry Apothéloz. Mais vous, après la défaite de juin, qu'avez-vous fait pour redorer l'image du parti?
Je n'ai peut-être pas fait assez, je le reconnais. Mais lorsque j'ai proposé un débriefing au lendemain de la défaite, on a préféré mettre la poussière sous le tapis en reportant la discussion à la fin du mois d'août. En revanche, le comité directeur m'a convoqué pour que je m'explique sur mes déclarations dans la presse.

Vous n'y êtes pas allé?
Non, j'ai refusé. Je ne me sentais pas coupable. Si j'ai parlé et que j'ai voulu provoquer le débat, c'est parce que j'avais senti le malaise des militants. Il y a eu des démissions au sein du parti, mais ça, on le cache. Il faut relire René Girard, un philosophe qui a écrit un livre magnifique sur les boucs émissaires. Dans tout clan, toute tribu, tout groupe humain, à un moment donné, quand il y a un malaise dans le groupe, il faut trouver une victime expiatoire. Au Parti socialiste, ça fait deux ans que c'est moi. J'entends bien assumer beaucoup de responsabilités, mais il ne faut pas exagérer.

Vous étiez favorable à des primaires au sein de votre formation politique. Vous êtes-vous battu pour que cette idée passe?
On m'a dit que c'était une bonne idée et qu'un groupe de réflexion allait être créé. Mais rien ne s'est passé depuis le mois de juin. Je le déplore. Avec le nouveau mode d'élection à deux tours, on pourrait présenter beaucoup de candidats et demander au peuple de choisir. Mais au Parti socialiste, on préfère donner ce pouvoir à 350 militants réunis dans une salle obscure et acquis à des réseaux qu'on connaît. Pour moi, c'est un déni démocratique.

Au lieu de parler de déni démocratique, vous auriez mieux fait de vous présenter pour plaider votre cause.
Je ne suis pas masochiste. Pour gagner des sièges, il faut miser sur des gens qui ont une notoriété. Il semblerait que, dans mon parti, on ne l'a pas compris en 2009, ni en 2012, et pas complètement en 2013.

Il y a quatre candidats à la candidature socialiste. Vous roulez pour l'un d'eux?
J'ai mes préférences, vous l'avez compris, mais je roule avant tout pour le Parti socialiste.

Vous avez annoncé la création d'un groupe de réflexion à l'extérieur du parti. On peut en savoir plus?
Je veux réfléchir à l'avenir de Genève et de sa région dans le domaine des transports et de la Genève internationale. Ce serait bien sûr un groupe de réflexion de gauche.

Pourquoi ne pas créer ce groupe au sein de votre formation?
Je serais en contradiction avec ce que je dis, en fortifiant les clans. Le parti peut être content d'avoir un laboratoire d'idées qui ne soit pas trop partisan. Mais vous savez que j'ai toujours été socialiste et je le serai jusqu'à la fin de mes jours. Je me battrai toujours pour ce courant de pensée.



Les socialistes orphelins de Dieu (GHI, 10.01.2013)

Posted on: 17 janvier 2013 by manueltornare

 

Article sur site GHI

Par Pascal Décaillet.
Pour la campagne électorale de cet automne, les socialistes devront se passer de la présence de Dieu.
Il a fait savoir, Dieu, le jour de la rentrée, lundi 7 janvier 2013, qu'il n'irait pas solliciter une nouvelle fois les suffrages de son parti pour l'investiture au Conseil d'Etat. Voilà donc les socialistes genevois orphelins de Dieu, statut qui n'est pas toujours facile à vivre, même au sein d'une République dûment laïque, depuis 1907. Existe-t-il un monde après Dieu, les roses refleuriront-elles ce printemps? Et celles de septembre?
Dieu, alias Manuel Tornare, en a sa claque. Marre, deux fois de suite, 2009 et 2012, d'avoir été écarté en assemblée par une bande de militants ignares, ingrats, voire pire féministes à l'extrême, les trois horreurs étant parfaitement cumulables, et en effet souvent cumulées. Bref, un parti de ploucs, incapables de reconnaître son génie, qu'ils aillent donc vivre sous d'autres obscurités leurs vies de rongeurs grégaires, ignorants de toute lumière, désertés par toute grâce. Manuel, lui, continuera la sienne, sous le soleil, officiellement sans contrarier la grande famille qu'il fréquente depuis l'âge de quinze ans, officieusement ça reste à voir.
Dieu a raison d'en avoir marre. Les erreurs de casting manifestes en sa défaveur, autant en 2009 qu'en 2012, sous des prétextes aussi improbables que le féminisme ou la fidélité militante, il a parfaitement raison d'en prendre ombrage. Assurément, voilà les socialistes privés du meilleur des leurs, le plus populaire, le plus éligible, le plus expérimenté, le plus cultivé. Il eût fait, je l'affirme, un remarquable chef du DIP.
L'avenir du parti, cela pourrait bien être un ticket Salerno-Apothéloz. Avec, au final, combien d'élus? L'avenir de Manuel Tornare, c'est finir, d'ici l'automne 2015, un mandat de conseiller national où on aimerait qu'il donne un peu moins l'impression de s'ennuyer. Et puis, pourquoi pas, occuper un jour, à Genève, l'une de ces fonctions de prestige et de visibilité dans lesquelles il excelle. Une chose est sûre: le premier des Genevois, sans être officiellement le premier à Genève, a encore beaucoup de services à rendre à cette République qu'il aime et qu'il a servie avec un rare talent.