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Pour une politique du livre (Causes communes, février 2013/29)

Posted on: 18 février 2013 by manueltornare
Pour une politique du livre (Causes communes, février 2013/29)

Faut-il réglementer le prix du livre ? Ce débat a animé le législateur fédéral pendant sept ans. La loi suggérée naguère par Jean-Philippe Maitre est passée à la trappe. En mars 2012, la population suisse a dit « non », sans appel, par 56.1% des voix. La fracture entre opposants et partisans a longé la «barrière de rösti», puisque les cantons alémaniques ont rejeté ce texte, tandis que tous les cantons romands l’ont très nettement approuvé.

Le juste prix du livre
Cela s’explique par le fait qu’il y a de grandes différences entre les régions sur l’approvisionnement et le nombre de librairies et la chaîne de production. Et le fait qu'un taux de change excessif frappe les ouvrages importés de France a certainement joué un rôle. Le succès du projet dans tous les cantons francophones montre surtout l’inquiétude d’une majorité de la population face à la disparition des librairies et aux prix qui sont jusqu’à 40% supérieurs à ceux en France.

Les regards se tournent maintenant vers la Commission de la concurrence (Comco). Cette dernière a ouvert, en 2008, une enquête sur les entraves au libre marché du livre en Suisse romande, qu’elle avait suspendue en prévision de la votation. La Comco examine si les représentants en Suisse des maisons d’édition françaises occupent une position dominante en matière de prix. En effet, les diffuseurs importent des livres auxquels ils fixent des prix nettement plus élevés que ceux pratiqués sur le marché français. Il pourrait s’agir par conséquent de prix abusifs au sens de la loi sur les cartels. La décision de la Comco, qui va tomber ces prochaines semaines, risque de faire pression sur les prix des livres en Suisse romande.

Des propositions concrètes
Il sied d’élaborer des pistes pour encourager la scène littéraire suisse. De manière générale, les données concernant le marché du livre manquent, tant sur le système de diffusion, les maisons d’éditions, les librairies ou le rôle du commerce électronique. Or, pour développer des mesures d’encouragement en faveur de la place littéraire suisse, il est important de se fonder sur des chiffres réels.

Les pouvoirs publics doivent prendre des mesures pour encourager ce secteur culturel, en complément aux efforts déployés par les libraires et les créateurs littéraires. On pourrait ainsi penser à développer des prix littéraires, des ouvrages de commandes, des éditions cofinancées, au financement d’ateliers d’artistes, ou à des programmes scolaires. L’idée d’introduire une rémunération au titre du prêt en bibliothèque (« tantième des bibliothèques ») est fréquemment revenue sur la table lors des discussions au parlement. Une fondation romande pour le livre qui a comme but la promotion des auteurs suisses d’expression francophone et le soutien coordonné aux auteurs, éditeurs et libraires indépendants est également une idée prometteuse pour s’attaquer aux défis que traverse le secteur du livre.

Pour une action régionale concertée
S’il y a unanimité sur le fait que le livre est un bien culturel particulier et non pas un simple produit de consommation, il faut réfléchir à une véritable politique du livre tendant à maintenir et à développer cet objet fondamental. Le résultat du 11 mars a douché tout espoir d’une régulation nationale. La discussion autour d’une politique du livre coordonnée doit se faire à l’échelle de notre région, entre acteurs politiques et professionnels, et entre collectivités publiques, cantons et villes de Suisse romande.